
Réalisé par Tomas Alfredson
Avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar
Synopsis
Oskar est un adolescent fragile et marginal, totalement livré à lui-même et martyrisé par les garçons de sa classe. Pour tromper son ennui, il se réfugie au fond de la cour enneigée de son immeuble, et imagine des scènes de vengeance. Quand Eli s'installe avec son père sur le même pallier que lui, Oskar trouve enfin quelqu'un avec qui se lier d'amitié. Ne sortant que la nuit, et en t-shirt malgré le froid glacial, la jeune fille ne manque pas de l'intriguer... et son arrivée dans cette banlieue de Stockolm coïncide avec une série de morts sanglantes et de disparitions mystérieuses.
Il n'en faut pas plus à Oskar pour comprendre : Eli est un vampire. Leur complicité n'en pâtira pas, au contraire.... (Source: Allocine)
Critique
Après l'ultra-décevant et très banal Twilight, Morse est le film de vampire qu'on attendait depuis toujours.... Auréolé d'une vingtaine de prix internationaux, ce long-métrage est malheureusement passé assez inaperçu dans nos contrés malgré des critiques dithyrambique (mais largement méritées!). C'est une adaptation (au demeurant relativement fidèle) d'un livre suédois à succès, "Let the right one in" de John Ajvide Lindqvist.
Réalisé par un illustre inconnu (mais définitivement à suivre), Tomas Alfredson; il fait un sans faute et nous livre une oeuvre cinématographique frisant la perfection. Pourtant, à la lecture du scénario, rien de véritablement transcendant mais c'est en se penchant sur les entrailles de Morse qu'on se fait happer par l'étrange et lancinante mais néanmoins poétique ambiance.
C'est une histoire d'amour, si simple et si pure, bien loin des clichés inhérent au genre... un Amour puissant et si fragile à la fois. C'est le récit d'une belle rencontre entre deux adolescents dans une morne banlieue suédoise. C'était la destiné de ces deux êtres, au fond si complémentaire, de voir un jour leur chemin se croiser: lui, un jeune garçon frêle, empli d'une colère noire et d'une haine refoulée, victime du rejet et de la cruauté de ses camarades... et elle, la fille énigmatique, si forte et si faible à la fois. Ils avaient le besoin fondamental l'un de l'autre.
La mise en scène épurée se marie fort bien avec l'ambiance fantasmagorique propre aux paysages suédois. Ici, point d'effets tapageurs et inutile, et malgré certaines scènes inévitablement sanglante, Tomas Alfredson ne sombre pas dans les clichés. C'est une violence sourde, envahissante, enivrante... qui s'infiltre dans chaque plan du film. Bien que le thème du vampirisme soit traité en filigrane (et de la façon la plus naturelle possible), la prouesse de Morse réside dans le fait de rester très respectueux du mythe et de la conception originelle du vampire (celui d'une bête sauvage).
La bande son se révèle être une petite merveille et renforce l'atmosphère déjà pesante du film. Au fil des images, Morse se découvre et apparait de plus en plus comme un conte initiatique, comme un rite de passage évanescent. Si l'on a parfois l'impression de digression, il ne faut pas en douter, chaque scène a sa place et son importance.... Chaque détail, chaque plan ou couleur contribue à l'inquiétante harmonie et au ressenti quasi-virginal de Morse; c'est un véritable travail d'orfèvre qui s'offre à nos yeux.
Les deux acteurs principaux, Kare Hedebrant et Lina Leandersson, deux débutants qui plus est, sont tout simplement géniaux et incarnent magistralement bien leur personnage respectif. Ils font ressortir avec brio toute la complexité, les paradoxes et les émotions qui habitent Oskar et Eli. La relation très ambigue qu'entretiennent les deux enfants brille par son innocence et contraste avec le ton assez glauque et malsain du film.
Mention spéciale et très gros coup de coeur à Lina Leandersson, une jeune fille sublime et ravissante au charme ravageur, qui campe à la perfection une Eli un peu perdue, en manque de repères et qui erre désespérement à la recherche de son âme soeur. Mais une Eli qui demeure une vampire, dont les actes sont sujets à interprétation et qui offre aux spectateurs plusieurs niveaux de lecture, passant du statut de victime à celui d'un être maléfique résolument manipulateur. C'est d'ailleurs dans ses rapports aux gens que se révèle certains aspects troublants de sa personne (et de sa personnalité); sa relation avec son protecteur est d'ailleurs assez symptomatique des différentes facettes d'Eli (bien que ce point soit moins développé dans le film que dans le livre).
Une magnifique histoire d'amour au romantisme cruel, bien loin des poncifs du genre. Un film étrangement optimiste et résolument novateur, aussi bien dans son traitement que dans son esthétique, qui nous plonge dans les abysses. Morse est sans conteste LA référence du genre vampire.
19.5/20.









































